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Les rapports du mot et du concept (de la notion)

Ainsi, le mot est un des éléments essentiels de la langue qui se trouve en liaison étroite avec la chose quil représente ou bien avec le concept. Mais le concept et le mot ne se correspondent pas exactement. Par exemple, le sens du mot rose comporte, outre le concept du rose, les caractéristiques grammaticales, telles que le substantif, les catégories du genre et du nombre, et les déterminations. Le concept logique de rose ne possède pas de catégories grammaticales.

La valeur lexique du mot peut être polysémiques. Par exemple, lensemble phonique de v e r peut servir de signe à plusieurs concepts: vert (), vers (), verre (), ver (), ou de préposition vers ().

Le sens lexique du mot peut être lié à la forme grammaticale du mot à raison de quoi tous les mots se groupent en classes lexico-grammaticales (parties du discours).

Les concepts ne peuvent pas se grouper de telle manière (en parties du discours) et ne peuvent pas être polysémiques.

La valeur lexique du mot peut être liée avec des émotions, des sentiments de lhomme et avoir une valeur affective. Par exemple: affreux, terrifiant, magnifique, chic, splendide. Les concepts sont toujours rationnels, neutres. La même notion peut être exprimée par un certain nombre de mots synonymiques. Par exemple, la notion de peut être rendue par les synonymes: la maison, la demeure, lhabitation, le séjour, le domicile, la résidence, un abri, le nid, le foyer, le feu. Mais la notion logique ne peut pas avoir de synonymes, aussi bien que de valeur stylistique, ce qui est propre aux mots.

 

Les concepts expriment seulement les qualités des choses du monde réel. Le concept peut être exprimé par le groupement de mots: pomme de terre, pot-au-feu (, ).

Les concepts qui sont le résultat de travail, de généralisation et dabstraction sont propres à tous les hommes, à toutes les nations, à toutes les langues, tandis que la valeur des mots et le sens de ces derniers sont purement national et spécifique de chaque langue. Les mots ont une valeur générale. Ils servent de supports au mécanisme de la pensée, à labstraction, à la généralisation. Tous les mots sont abstraits dans une certaine mesure. Entre les mots il existe des degrés dabstraction. Ainsi, le mot table est plus concret que le mot meuble.

Le mot concret peut désigner le concept général, par exemple, Legoste ne pense quà soi-même, Lhomme est mortel, et une notion particulière, par exemple, Montrez-moi lhomme dont vous mavez parlé. Dans le premier cas lhomme sapplique à nimporte quel individu.

Dans le deuxième cas lhomme est moins concret que le premier, mais plus abstrait que, par exemple dans la phrase Un homme sapprocha.

Dans ce cas ce mot ne dit rien sur ses qualités, sa profession ou ses occupations.

Dans le vocabulaire français il y a des mots très abstraits dont la valeur sémantique coïncide avec le discours respectif. Ce sont les substantifs, tels que: chose, pièce; les verbes: avoir, être; la préposition de.

On peut noter aussi les conjonctions: que, et; les mots-outils qui marquent seulement les rapports qui sont plus abstraits que les mots lexicaux. Les plus abstraits parmi les mots autonomes sont les pronoms qui servent seulement à indiquer les objets, leurs qualités sans les dénommer. Même les noms propres qui désignent les notions individuelles (Pierre, Rose) comportent un certain degré dabstraction, parce que le même nom propre peut sappliquer non seulement à plusieurs individus, mais sappliquer à une personne, à une plante et à un animal. Cette capacité des noms propres les rend plus abstraits.

Les fonctions des mots

Compte tenu de ce qui a été susmentionné, la grande majorité des mots est susceptible dexprimer des notions ou concepts, ce qui permet de dire que ces vocables remplissent la fonction rationnelle ou notionnelle.

Cette fonction du mot est directement liée à une autre faculté du mot, celle de nommer, de désigner les objets. Cette faculté du mot constitue la fonction nominative du mot.

Certains mots servent à traduire les passions, les sentiments humains, lattitude du sujet parlant envers ce quil dit. Dans ce cas on dit que le mot a également une fonction expressive ou affective (aimer, détester, formidable etc).

Tous les mots et toutes les expressions se distinguent par les fonctions exercées dans telle ou telle langue.

 

 

La plupart des noms autonomes, tels que les substantifs, les adjectifs qualificatifs, les adverbes, les verbes ont la fonction nominative et aussi rationnelle (notionnelle).

Cest-à-dire que cette catégorie des mots peut non seulement nommer les objets, mais aussi les indiquer.

Parmi les mots exprimant des notions et ayant une fonction rationnelle, il faut citer tels que les noms propres désignant les lieux géographiques (Paris, Moscou) et ceux qui désignent les notions uniques dans leur genre (le soleil, la terre, la lune).

Il y a des mots autonomes qui nexpriment pas les notions et dont la fonction est uniquement celle de nommer (fonction nominative). Ce sont les noms propres de personnes et danimaux (Pierre, César). Ce sont aussi les pronoms (qui, certain, celui, celle). Il y a des mots autonomes qui expriment à la fois les fonctions rationnelles et expressives Ce sont: le mouchard, le flic, le fasciste, le rouge, le blanc. Parmi les mots non autonomes remplissant uniquement la fonction expressive viennent se placer toutes sortes dinterjections: Ha! Pouf! Et bien! Oh la-la! Nom de Dieu!Les mots non autonomes ou les noms-outils nexercent point les fonctions propres aux mots indépendants, quoiquils soient caractérisés par la fonction rationnelle, mais dautre nature.

Leur fonction est de rétablir les rapports existant entre les notions et les jugements et elle peut être nommée fonction de relation.

A ces mots se rapportent les vocables: les prenons relatifs, les verbes auxiliaires copules, les conjonctions, les prépositions.

Aussi bien que les mots qui précisent et déterminent les notions: larticle, les adjectifs possessifs et démonstratifs. Ces mots remplissent la fonction de préposition ou de détermination.

Il faut signaler à part les termes modaux qui nexpriment pas de notions, mais lattitude des gens ou des sujets parlants envers ce quils disent. Ce sont les mots, tels que: peut-être, probablement, évidemment, bien sûr etc. Cette catégorie des mots remplit la fonction dattitude. Les mots qui remplissent cette fonction reçoivent des nuances subjectives

Les mots français en remplissant la fonction nominative peuvent représenter lobjet, son sens par sa forme phonique. Dans ce cas, on dit quentre le signifié et le signifiant il existe une fonction de corrélation, par exemple, tic-tac, grou-grou.

Motivation et démotivation des mots

Mots motivés et non motivés

Le mot peut désigner une chose, une qualité, une action, un phénomène quelconque par un son ou un ensemble de sons choisis arbitrairement à lorigine. Il est à noter que le terme arbitrairement est conventionnel. Il veut dire que le lien du mot et de la chose nest déterminé ni par la nature des sons, ni par le caractère du concept.

Lhomme perçoit des objets comme ceux ayant un certain nom. Mais quest-ce que cest nom dune chose?

 

Tous les substantifs désignent lorigine dun objet, sa qualité essentielle qui déterminent cet objet, son trait distinctif des autres objets. Tous ces signes donnent les noms à tels ou tels objets.

Le nom dun objet peut être donné dune manière directe (rose) ou métaphorique (le tremble ), la feuille de papier a reçu son nom par association avec une feuille darbre.

Cet indice caractéristique qui est la raison première de la dénomination de la chose diffère de langue à langue. Par ex., le nom de perce neige part en francais de lidée dune fleur qui perce la neige; en ukrainien la mêmefleur porte le nom de , cest-à-dire une fleur qui se trouve entre les arbres.

Un autre exemple. Un même concept est rendu en ukrainien, en russe et en français par les mots suivants: , et tailleur. Le mot russe part de lidée de la chose que lhomme fabrique (partie du vêtement masculin), en ukrainien et en français de lidée de laction quil accomplit: tailler ou couper létoile dont on fait un vêtement.

Certains mots gardent encore dans leur forme phonique lindice caractéristique de la chose, indice qui a été la cause de la dénomination. Ces mots sont motivés du point de vue du sujet parlant. Tels sont les mots cou-cou, tic-tac, frou-frou, meugler, ronronner, zig-zag et autres imitations des sons et des mouvements, mots quon appelle onomatopées.

Dautre part, les mots nouveaux, dérivés et composés, sont créés des éléments des mots déjà existants, ce qui détermine la structure sémantique des créations nouvelles.

On appelle structure sémantiquela signification du mot qui découle de la signification des éléments composants, par ex., travaill-eur: le radical travail signifie besogne, le suffixe -eur signifie celui qui fait laction exprimée par le radical, donc, le travailleur est celui qui travail.

Ainsi, les unités lexicales sont motivées quand le nom de tel ou tel objet coïncide à sa forme.

A létat actuel de la langue, la structure sémantique de la majorité des mots étant oubliée, la signification du mot ne paraît pas en être déterminée. Par ex., étonner qui désignait à lorigine frapper dun coup de tonnerre ou charmer dérivé de carmen (sortilège) qui signifiait ensorceler désignent actuellement: le premier- surprendre, le second ravir. Donc, les mots sappellent immotivés quand le nom de lobjet ne coïncide pas à sa forme.

Il sen suit que la plupart des mots se présentent non motivés à létat actuel de la langue, lindice caractéristique de la chose étant oublié. Certains linguistes donnent à cet indice le nom de la forme interne du mot.

La partie de la linguistique qui étudie lorigine des mots, leur signification première et les modifications phonétiques et sémantiques que le mot subit au cours du développement de la pensée et de la langue, sappelle étymologie.

Comme la forme interne du mot est souvent oubliée, lesprit lui cherche une autre forme interne en rapprochant les mots daprès leur impression auditive.

 

Ce phénomène porte le nom détymologie populaire. Par exemple, en français moderne lexpression jour ouvrable est considérée par un grand nombre de français comme jour où lon ouvre les magasins.

A cause du rapprochement du mot ouvrable avec le verbe ouvrir et non avec le verbe ouvrer, mot vieilli, dérivé de operare qui veut dire travailler.

Létymologie populaire atteint très souvent les mots étrangers, mots savants en modifiant légèrement leur forme dans la prononciation et dans lécriture. Par exemple, colophane devient colle à femme, opodelkock (remède) devient eau Paul de Kock, liqueur opiacée (médicament) liqueur à pioncer, le mot emprunté à langlais country danse (danse rustique) devient contredanse, etc.

Létymologie populaire est, bien entendu, une étymologie fausse, fondée non sur le rapprochement des concepts, mais sur celui de laudition. Pourtant elle témoigne de la tendance de notre esprit à motiver la forme du mot, à expliquer lincompréhensible par le compréhensible.

Tenant compte de ce qui a été dit, on peut distinguer plusieurs types de motivation, dont le premier: la motivation phonétique et la seconde la motivation interlinguistique qui, à son tour, comprend: la motivation morphologique, la motivation phraséologique et la motivation sémantique. La motivation phonétique (ou naturelle) résulte dun lien entre la forme du mot et la chose signifiée.

Dans la base de la motivation naturelle se trouve lonomatopée, toutes sortes dimitation des bruits, des sons, des cris des animaux, etc. (tic-tac, glou-glou) (gloussement dune dinde).

La motivation interlinguistiqueou relative repose sur des rapports à lintérieur de la langue entre différents mots.

Elle peut être:

a) morphologique et surtout fréquente dans le cas de la dérivation et de la composition. Par ex., le mot travaillereur est motivé parce qu il est formé à partir du verbe travailler au moyen du suffixe -eur, à laide duquel on forme les noms dagent, (porteur daction), tels que: danseur, chanteur, traducteur. Ce sont des mots à structure transparente. Les mots composés peuvent être aussi motivés par leurs composants, par ex.,: porte-avion, porte-manteau, garde-robe, aide-mémoire

b) la motivation phraséologique repose sur le rapport entre le sens global et le sens des éléments constitutifs des phraséologismes, ar ex.,: avoir faim, faire du bien

c) la motivation interlinguistiquepeut être sémantiquelorsque le sens dérivé du mot sexplique par le sens principal. Par ex., quand on dit quun homme est un vieux renard, cette expression est prise au sens figuré qui signifie un homme rusé. Donc, la motivation des constructions analogues sexplique par lanalogie entre lanimal et lhomme rusé. Cette motivation sémantique sappelle autrement métaphorique (une plume, une feuille).


Démotivation

Au cours du développement sémantique des mots, on oublie peu à peu leur motivation qui sefface, et les mots motivés à lorigine peuvent devenir avec le temps immotivés.

Leffacement de la motivation est un processus graduel et continuel. Voilà pourquoi les mots plus anciens sont dans la plupart des cas les plus immotivés.

Les formes et le rythme de la démotivation dépendent de la structure de la langue.

Dans le français moderne la démotivation est un processus particulièrement actif. Ainsi, on cesse de voir lassociation entre les mots dentelle et dent, lunettes et lune, le chauffeur nest plus celui qui chauffe, aussi bien que le tailleur nest plus celui qui taille. De la même manière on a oublié le sens étymologique du mot capable qui est dérivé du mot latin caput = tête. La démotivation touche aussi les groupements phraséologiques. Ainsi, le phraséologisme chemin de fer est immotivé à lheure actuelle, parce que les chemins ne sont plus en fer, mais en acier. Le sens étymologique du mot peut être reconstitué au moyen dune analyse historique.

Sous quelle influence les mots motivés se transforment en mots immotivés? En français la démotivation résulte des facteurs suivants: 1) tout dabord cest lévolution phonétiquequi détruit les liens étymologiques entre les mots. Voilà pourquoi, dans le français moderne le sentiment de la parenté étymologique a disparu dans la conscience linguistique des sujets parlants.

On na plus de sentiment de lorigine commune entre les mots: le pain et le panier, la maison et le ménage, poisson et pêcher, pied et piège, etc.

Le 2-ème facteur: les emprunts savants au latin et la formation des doublets étymologiques ont contribué à leffacement dun sentiment de la communauté génétique entre les mots de même origine.

Ainsi, nous ne sentons plus lorigine commune entre les mots mur et maturité, meuble et mobile, vrai et vérité, seul et solitude. Dans le français moderne les mots immotivés prédominent même parmi les dérivés. Le savant célèbre Ulmann dans son Précis de sémantique française soutient la thèse que le vocabulaire français reste essentiellement arbitraire.

En parlant de tel ou tel degré de la motivation du sens des mots il ne faut pas oublier que cette motivation est déterminée par la structure de la langue et non pas par la nature de la chose signifiée.


1

: bjet détude de la lexicologie, ses liens avec les autres branches linguistiques et problèmes du mot.

1. 1 2.

2. 1 , 1, 2:

Quel est lobjet détude de la lexicologie ?

Quels types de la lexicologie existent-ils?

Quels sont les problèmes de la lexicologie?

Quels sont les rapports de la lexicologie avec les autres branches de la linguistique?

En quoi consiste le problème du mot ?

Quelles sont les caractéristiques phonétiques et grammaticales des mots français?

Quelle est la différence entre le mot et la notion ?

Quest ce que cest la structure sémantique du mot? Expliquez la différence entre létymologie dite populaire et la fausse étymologie.

Quelles fonctions remplissent telles ou telles unités lexicales? Quels sont les mots motivés et les mots immotivés ? Quels types de motivation distingue-t-on ? Quels sont les facteurs essentiels de la démotivation?

3. :

. . / . . , . . . . : . , 1971. . 58, . 18.

Devoirs à faire

Exercice 1.

Motivez les noms français des fleurs et des oiseaux. Expliquez lapparition de leurs dénominations.

Quels sont les rapports entre la notion et le sens du mot ?

1) bleuet , flambe , violette - , roselin , verdier , moineau ;

2) pied-de-poule , gueule de lion , patte de chat , oreille dours , clochette ; 3) perce-neige , tournesol , cours-vite , plongeon , tue-loup ; 4) immortelle , pensez-à-moi, ne-moubliez-pas .

Exercice 2.

Citez les exemples de létymologie populaire et de la fausse étymologie. Expliquez létymologie de ces mots: contredanse, bonheur, orange, serpentin, miniature, cordonnier.

Exercice 3.

Dans les phrases qui suivent spécifiez les significations lexicales du mot pièce et expliquez lévolution du sens de ce mot.

1) Et, ayant saisi les pièces blanches, Duroy descendit en courant lescalier... (Maupassant)

2) Ils arrivaient dans la salle à manger, une immense pièce à colonnes de marbre, aux murs tendus de vieux Gobelins. (Maupassant)

3) Le notaire ajouta: Cest tout? Cette pièce est datée du mois daoût dernier et a remplacé un document de même nature, fait il y a deux ans, au nom de Mme Claire Madelaine Forestier. (Maupassant)

Exercice 4.

Précisez les significations lexicales du mot bureau dans les phrases qui suivent, expliquez son origine et lévolution de son sens.

1) Cest Monique qui la. Elle le cache dans son bureau. (Simenon)

2) Comme, laprès-midi, Monique ne travaille pas au bureau, mais fait des encaissements en ville, tu as eu envie dêtre avec elle. (Simenon)

3) Depuis le matin, le Bureau socialiste international siégeait en séance exceptionnelle. (Du Gard)

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1. . . . / . . . . : . , 1997. 263 .

2. . . / . . , . . . . : . , 1971. . 533.

3. . . : .-. / . . . . : . . , 2006.

4. . . ( ) / . . , . . . . : , 1967. . 614.

5. Eluerd R. La lexicologie. / R. Eluerd. P : Presses Universitaires de France, 2000. P. 633.

 


Le thème 3. Les voies denrichissement du lexique français. Lévolution et le glissement du sens des mots

Questions à examiner:

1. Le fond héréditaire du français.

2. Procédés sémantiques de lenrichissement lexical dune langue:

monosémie et polysémie des mots

extension et restriction du sens des mots

dégradation et amélioration du sens des mots

métaphore

métonymie et synecdoque

tabous et euphémismes

hyperbole et litote

Termes à retenir:

1. causes (f) extralinguistiques

2. comparaison (f) en raccourci

3. contiguïté, (f) des sens

4. fond (m) héréditaire

5. métonymie, (f)

6. noms (m )communs

7. noms (m) de personnes

8. noms (m) de choses

9. sens (m) de base = sens (m) fondamental = sens (m) étymologique

10. similitude (f)

11. synecdoque (f)

12. transfert (m) des noms

13. transfert (m) des sens

Les voies de lenrichissement lexical du français

Vers le dixième siècle le lexique du français était déjà formé, mais il nétait pas riche, correspondant aux formes primitives de la vie de lépoque. A mesure que la civilisation se développait, cette langue devenait insuffisante.

Le lexique qui reflète les changements de la vie sociale et ceux de la pensée humaine est en effet dun perpétuel devenir. Lapparition des choses nouvelles, des concepts nouveaux demande des mots nouveaux pour leur expression.

Ces mots nouveaux peuvent venir par des voies différentes.

Le lexique peut senrichir du dedans, par ses moyens internes, il peut senrichir du dehors aux dépenses des langues voisines.

Conformément à ces voies du développement lexical, le français sest enrichi et continue à senrichir de trois façons différentes:

1. Au moyen du développement et du changement du sens des mots déjà existants.

 

2. Au moyen de la formation des mots nouveaux.

3. Au moyen des emprunts.

Chaque langue utilise pour son enrichissement tout dabord ses propres ressources : la formation des mots et lévolution du sens des mots déjà existants, sans négliger avec cela le rôle des éléments empruntés. Cest la sémantique (terme de Michel Bréal) ou la sémasiologie, branche de la lexicologie qui étudie la structure sémantique des mots et lévolution de leurs sens.

Le fond héréditaire du français

La langue française se forme et se développe en même temps que se forme et se développe la nation française et que la France devient un état national.

La nation française sest formée au cours des siècles sur le territoire de lancienne Gaule où les Galois, puis les Germains luttaient contre les Romains. Le français moderne résulte dune lutte millénaire des peuples et peuplades sur le territoire de la Gaule et du croisement de leurs langues et dialectes. Le latin a été deux fois vainqueur lors de cette lutte et de ce croisement.

La première fois, aux I-IV siècles de notre ère, après la conquête des Romains, la seconde aux V-VIII siècles, après linvasion des Francs.

Le français moderne, ainsi que les autres langues romanes (litalien, lespagnol, le portugais, le roumain, le moldave) est la continuation du latin sur le territoire des pays vaincus par les Romains. Le français cest le latin daujourdhui sur le territoire de France.

Les langues romanes se sont développées non sur la base du latin classique, mais de la langue parlée et vivante du peuple, des soldats et des marchands romains quils apportaient dans les pays conquis.

Les conditions historiques de la formation de la nation française et le développement ultérieur de la nouvelle langue suivant les lois internes qui lui étaient propres, ont déterminé la prédomination des éléments latins dans le lexique de lancien français qui ne gardait que de faibles traces du celtique et du germanique.

Ce lexique constitue le fonds héréditaire ou le fonds primatifdu français suivant la terminologie française.

Le fonds héréditaire ou le fonds primitif désigne les plus anciennes couches du français, par conséquent, aussi les plus stables.

Remarque: Le terme fonds héréditaireou fonds primitif du français est un terme conventionnel marquant tout ce qui est entré dans la langue jusquau dixième siècle.

Quelle est donc la caractéristique lexico-grammaticale de ces éléments latins du fonds héréditaire du français?

1. Ce sont des noms communs désignant les phénomènes de la nature, tels que: terre, ciel, eau, mer, fleuve, soleil, temps, vent.

2.Noms de personnes et en particulier ceux des membres de la famille: homme, femme, père, mère, fille, fils, neveu, oncle, etc.

3.Noms de choses et en particulier:

1) ceux des membres du corps humain: tête, main, pied, jambe, cou, dos, etc.

2) ceux dhabitation, dameublement, dobjets dusage quotidien: maison, chaumière, porte, fenêtre, toit, table, etc.

3) termes dorganisation sociale: ville, village, campagne, etc.

4) noms de nourriture: pain, sel, lait, viande, etc.

5) noms dinstrument: faux, marteau, aiguille, etc.

6) noms de produits agricoles: fromage, orge, lin, etc.

7) noms danimaux domestiques: bœuf, brebis, cheval, chien, chat, etc.

8) noms de bêtes fauves: lion, tigre, ours, loup, etc.

9) noms doiseaux: aigle, oie, poule, colombe, etc.

10) noms de plantes: chêne, pin, sapin, etc.

4. Des verbes désignant:

1) des procédés de travail: labourer, tisser, filer, battre, couper, coudre, faucher, etc.

2) Dautres verbes de significations diverses: avoir, être, parler, aller, sentir, penser, vivre, mourir, naître, etc.

5. Des adjectifs qualificatifs de significations diverses: rouge, vert, chaud, froid, amer, doux, utile, bon, clair, etc.

6. Noms de nombre et adjectifs numéraux: un, deux, trois, premier, second, etc.

7. Des pronoms de toutes espèces.

8. Des adverbes: en, là, loin, près, assez, etc.

9. Des propositions: de, contre, entre, en, par, pour, sur, etc.

Outre les mots à pleine valeur lexicale, mots indépendants et mots-outils, le fonds primitif comprend aussi les morphèmes (préfixes et suffixes) qui sont entièrement dorigine latine.

Dans les plus vieux textes français à côté des mots dorigine latine se trouvent des mots dorigine celtique et germanique. Voici quelques mots celtiques: bec, alouette, savon (qui désignaient à cette époque une espèce dargile).

Après la conquête de César apparaissent les mots: changer, char, bruyère, bouc, mouton, vache; ladjectif: dru, etc. Le français moderne compte environ 300 mots dorigine celtique, beaucoup de ces mots sont vieillis qui ne correspondent plus aux formes de la vie moderne. Les Francs qui ont conquis la Gaule au X siècle de notre ère ont enrichi le lexique du gallo-romain de beaucoup de mots nouveaux qui désignaient les termes de guerre, de chasse, de nouvelles formes déconomie nationale, de mesure, dusage, tels que: guerre, garde, hardi, blesser, guérir, jardin, blé, blanc, bleu, gris, franc, laid, gai, frais, riche, hâte, souhait, robe, gant, poche, fauteuil, banc, salle, bâtir.

Le nombre de mots francs ne dépasse pas 400.


Procédés sémantiques de lenrichissement lexical dune langue

Monosémie et polysémie des mots

La communication suppose théoriquement un seul nom pour chaque sens et un seul sens pour chaque nom.

En réalité un seul et même complexe de phonèmes manche peut désigner:

1) partie par laquelle on tient un instrument (manche de couteau);

2) partie du vêtement qui couvre le bras (manche de manteau);

3) bras de mer resserré entre deux terres.

Ce sont des objets divers, mais proches daprès le sens. Il sen suit quun complexe de sons désignant un objet et exprimant un concept suppose la possibilité de la polysémie.

Avec le développement de son activité, et de là, avec lenrichissement de sa pensée lhomme remarque que les indices quil a découverts dans tel ou tel objet peuvent se retrouver dans des objets différents. De là lenrichissement lexical de nouvelles unités linguistiques, cest-à-dire de nouvelles significations dun mot déjà existant.

Des mots nayant quun seul sens sappellent mots monosémiques, ceux qui en ont plusieurs sont des mots polysémiques(à partir du grec poly beaucoup et sema signe). La majorité des mots sont polysémiques.

La signification du mot est chaque fois déterminée par le contexte (entourage de mots, situation, mimique, gestes). A lorigine tout mot est monosémique, mais au cours de son emploi il reçoit de nouvelles significations et devient mot polysémique.

Quest-ce qui rattache cette pluralité de significations à un seul mot? Létude de la filiation des significations dun mot dans leur ensemble dégage le plus souvent une notion commune qui les domine et les rattache les unes aux autres. Cette notion commune sappelle: sens de base ou sens fondamental, ou sens étymologique du mot.

Cette notion commune est facile à saisir dans certains mots dont la simple logique a déterminé leur développement (par ex.: manche, bouche, feuille). Ainsi, dans feuille lidée dune chose plate et mince conduit de la feuille darbre à la feuille de papier, de métal.

Dans le mot bouche, la pensée va naturellement du premier sens (celui dune ouverture à la partie inférieure de la face chez lhomme, ouverture qui reçoit des aliments et qui fait passer la voix) à ceux qui en dérivent.

Par exemple, bouche à feu (); bouche de chaleur (); les bouches dun fleuve ( ). Le sens étymologique a toujours été la raison première de lévolution du sens et qui unit entre elles les différentes significations dun mot polysémique. Voici un exemple qui montre que le sens de base ne disparaît point dans les diverses variantes dun mot polysémique. Le mot eau pris isolément, est déterminé par Larousse comme Liquide transparent, incolore, insipide. Cest le sens de base, le sens primitif, le sens étymologique du mot eau. Mais les contextes peuvent faire ressortir dautres significations qui sont tirées de ce sens de base.

 

 

Par ex., il tombe de leau (il pleut); eau de Cologne (parfum); sur leau (sur mer, sur un fleuve, sur un lac); il travaille, il est tout en eau (il transpire); lappétit fait venir leau à la bouche (salive); ses yeux sont tout en eau (larmes); chaque été elle va aux eaux (eaux thermales).Parmi les mots de la langue commune, les mots nayant quun seul sens sont peu nombreux: ce sont, la plupart des cas, des noms propres de personnes ou des noms géographiques, noms des mois, des jours de la semaine, quelques noms communs, tels que: mari, oncle; les verbes, tels que: éternuer, tousser; les adjectifs, tels que: oblong et autres.

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