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Extension et restriction du sens

Des glissements du sens qui se font à lintérieur de la langue ont plusieurs causes.

1. Les changements qui se sont produits dans les choses, grâce aux progrès de la technique. Par exemple, la plume avec laquelle on écrit nest plus une plume doie, mais elle en garde le nom. Une lampe à huile, une lampe à pétrole, une lampe électrique continuent à sappeler lampe.

2. Le changement de la connaissance que nous avons de la chose. La science nous a donné de nouvelles connaissances du réel et si elle na pas créé de nouveaux termes, le contenu des mots gui désignent ce réel se trouve changé. Par exemple, les notions de lélectricité, celle de latome ne sont plus telles quelles avaient été au siècle dernier.

3. Lattitude des hommes envers les choses change avec les changements du régime politique ou social.

Par exemple, le contenu des mots tels que socialisme, liberté et autres dans les pays capitalistes et dans les pays socialistes est différent, pourtant les mêmes noms leur restent.

Les changements du sens des mots amènent ordinairement lextension ou la restriction du sens.

On appelle extension de sens le cas du changement de sens où le mot qui désignait un concept concret et particulier commence à désigner un concept plus général.

Lexemple classique de lextension du sens est le mot bureau. Le premier sens de ce mot apparaît avec 1/ une pièce de bure, étoffe de laine grossière (un homme vêtu de bureau bureau petite bure).

2/ On recouvre de ce bureau une table de travail: le nom de létoffe passe au meuble.

3/ Le nom du meuble sert à désigner la pièce où se trouve ce meuble (le bureau du directeur).

 

4/ Au pluriel bureaux sapplique à lensemble des pièces de ce genre dans une administration (les bureaux du ministère).

5/ On applique le mot au groupe des personnes qui soccupent des intérêts dune société, dune réunion publique, etc. et se réunissent autour de bureau (2-ème sens); dans ce cinquième emploi, le mot devient un collectif (désignant un bloc président, vice-président, secrétaire, etc.). Il correspond en russe au présidium.

Un autre exemple. Boucher était dabord un marchand le viande de bouc, à présent un marchand de viande.

Lextension de sens résulte de transfert du nom basée sur les rapports de contiguïté on de similitude. Dans certains cas, au contraire, la marche de la pensée est inverse; le mot commence à désigner un ensemble, une collection dobjets, puis par suite de restriction ou plutôt par une spécialisation de la signification, il arrive à ne plus désigner quune partie limitée de ce quil désignait dans sa signification première.

Ainsi, labourer sappliquait à tout travail avant de se dire seulement du travail de la terre. Menuisier se disait de nimporte quel ouvrier. Vers la fin de XVI siècle, le mot finit par se restreindre aux ouvriers qui travaillent le bois. Encore quelques exemples: 1) le monde signifiait proprement lunivers; 2) il désigne spécialement le globe terrestre (le voyage autour du monde); 3) puis une partie de la terre (Le Nouveau Monde); 4) puis les hommes qui habitent la terre, la société des hommes (lopinion du monde); 5) enfin plusieurs personnes (Est il venu du monde?)

Dégradation et amélioration du sens des mots

Chaque langue possède des mots soit disant neutres, cest-à-dire des mots qui expriment des concepts (notions), sans y ajouter une idée de jugement. Tels sont: arbre, triangle, dormir, violet, liquide etc. Dautres, tout en désignant un concept, y ajoutent aussi un jugement de valeur. Tels sont: héros, poltron, richard, élégant, admirable etc.

Il va sans dire que lappréciation des choses et des actions diffère suivant le milieu, lépoque, les circonstances. Il arrive quun mot, neutre à lorigine, prend avec le tempe une nuance péjorative. Par exemple: le mot garce qui nétait que le féminin du nom gars et désignait une jeune fille, dans le français moderne est devenu un mot dinjure. Le mot fille a subi le même changement du sens. Sil ne semploie pas avec la signification dune enfant ou dune ouvrière (ma fille, votre fille, une fille de ferme), il doit être accompagné dune épithète pour rester déent (une petite, une jeune, une vieille fille). La valeur péjorative et dégradante des mots garce et fille est due aux raisons sociales.

Brigand et bandit désignaient à lorigine ceux qui faisaient partie dune brigade, dune bande, cest-à-dire dun groupe de gens unis par un travail collectif, dun détachement de soldats. Comme à cette époque les jeunes soldats étaient des mercenaires qui attaquaient et ruinaient souvent la population paisible.

 

 

Les mots brigand et bandit ont pris une valeur dépréciative (négative), quils gardent jusquà nos jours. Le mot brigade na pas pris la valeur dépréciative et les deux mots brigand et brigade ne se rapprochent pas à présent dans la conscience des sujets parlants (des hommes). Par contre, le mot bande a dégradé à lexemple de bandit.

Non seulement les mots, mais les morphèmes peuvent prendre une valeur dépréciative, par ex., les suffixes -aille , -ard , -u . Le mot chenaille qui sous linfluence de litalien a pris la forme de canaille (du latin canis chien) désignait à lorigine une meute de chiens. Dans la langue daujourdhui cest un mot injurieux. Les mots: marmaille, valotaille, prêtraille sous linfluence du suffixe aille ont pris un sens péjoratif, pareil aux mots russes dérivés à laide des suffixes -a et - - , .

A la dégradation du sens soppose un changement du sens qui conventionnellement peut être nommé améliorationdu sens.

La disparition de la coloration déprécative de certains mots sobservait déjà dans le latin vulgaire. Le mot du latin classique equus (cheval) a été remplacé par caballus qui signifie rosse.

Les mots qui ne semploient que par rapport aux animaux et quon ne pouvait appliquer aux personnes quau sens métaphorique, par plaisanterie, ont remplacé les mots du latin classique: testa (tête), gamba (jambe), bucca (bouche), manducare (manger), etc.

Parfois un mot neutre prend une valeur positive. Tel est le mot succès qui désignait en ancien français résultat, issue a pris avec le temps le sens actuel de réussite.

Le mot évêque qui désignait un surveillant, avec lextension du christianisme est devenu le nom dune dignité déglise.

Tous les titres des personnes adhérant à la cour royale de même que les titres de hauts fonctionnaires détat tirent leur origine des mots qui dans la féodalité désignaient quelque fonction de ménage chez le propriétaire dun domaine féodal.

A lépoque du passage du féodalisme à la monarchie, ces mots sont devenus des termes dhonneur, des grades des plus hauts fonctionnaires dEtat: la cour royale ou impériale (autrefois la cour de la propriété du seigneur), le maréchal de France (anciennement le maréchal-ferrant), baron (autrefois garçon décurie), chancelier (autrefois clerc, celui qui travaillait à la chancellerie), etc.

Transfert du nom et du sens

Les tropes

Les transformations du sens propre vers le figuré peuvent être classées en figures dites tropes qui signifient tours. Il faut distinguer deux espèces de tropes: les tropes métaphoriques et les tropes métonymiques.


Métaphore

Dans le transfert du nom par similitude des sens entre, en premier lieu, la métaphore (du grec transfert).

La métaphore est le moyen exclusivement répandu pour lenrichissement lexical dune langue et un moyen appliqué consciemment: les noms sont consciemment transférés dun objet (ou dun phénomène) à un autre. La métaphore est une comparaison, mais une comparaison en raccourci, une comparaison qui nest pas exprimée par des moyens grammaticaux. Quand on dit: Cet homme est fort comme un Hercule, il y a une comparaison qui est exprimée par la conjonction commeplacée devant le terme de comparaison Hercule, de même il y a une comparaison dans les expressions: cet homme, tel un Hercule, cet homme pareil à Hercule, cet homme ainsi quun Hercule ( , ( ) (a) etc., où la comparaison est introduite par des mots: tel, pareil, ainsi que.

Mais quand on dit: cet homme est un Hercule ( ), cest un Hercule; cet homme, cet Hercule il y a métaphore, la comparaison qui contient chacun de ces groupes de mots nétant pas exprimée par des moyens grammaticaux.

Les métaphores se rencontrent dans tous les styles du langage. La langue commune emploie nombre de métaphores, on dit: le soleil se lève, le vent souffle, un péril me menace, un arbre agite ses branches.

La langue parlée emploie en outre des expressions métaphoriques: saisir la balle au bond (à propos dune occasion favorable); mettre de leau dans son vin (se modérer, se radoucir). Les métaphores abondent dans largot, ce qui sexplique par le caractère concret et expressif de ce style; par exemple, la langue est une babillarde, la neige la farine, le lait, lestomac le buffet, le coffre, la tête la boule, la cafetière, la bouillotte, le visage la façade, le portrait.

Les métaphores et expressions métaphoriques susent. Ainsi, les métaphores de la langue commune, telles que le soleil se couche et autres créées au début de la vie consciente de lhumanité ne sont plus senties comme telles, ce sont tout simplement des expressions abstraites.

Les objets concrets, les plantes, les animaux, les instruments reçoivent leurs noms par métaphore. Par ex., les animaux de mer portent le nom de mulets, de chiens, détoiles.

Les fleurs de jardin sont des gueules-de-loup, des pieds dalouette, des boules de neige, etc. Le corps humain est la source de nombre de métaphores la tête de pont, le pied dune montagne, les dents dune scie, la bouche dun fleuve, les bras dun fauteuil, etc.

La nomination expressive désigne la chose par rapport à celui qui parle et exprime la valeur affective, esthétique ou morale que le sujet parlant lui attribue.

Il ne sagit pas seulement de nommer lobjet, mais de lapprécier en même temps. Par ex., un bouc est un individu dun certain aspect et dun certain caractère, ce mot a en plus une nuance ironique et dépréciative.

 

Lappréciation esthétique ou morale est à la base des nominations de ce genre. Cest aussi par la métaphore quon dit en parlant des personnes mon chat, mon chou, un âne, une oie, une dinde, un chameau, etc.

Métonymie et synecdoque

La métonymie (du grec metonimiā ) et la synecdoque (du grec sinekdochē ) sont des transferts du nom par contiguïté des sens. La contiguïté des deux sens peut être spatiale, temporelle ou causale.

Les métonymies sont nombreuses et expriment différents rapports de lien entre le sens de base et le sens dérivé. Elles constituent à prendre:

1) Le contenu pour le contenant: boire un verre pour boire un verre de vin, manger une assiette pour manger une assiette de soupe, etc.

2) Parfois le contenant donne le nom au contenu, p. ex., le café désigne non seulement la boisson, mais aussi le lieu où lon en sert. Un bouillon est non seulement une espèce de soupe, mais aussi un petit restaurant où lon prend des repas à bon marché.

3) Le nom du lieu de la production semploie pour la production elle-même. Des tissus, des vins, des fromages ont reçu le nom des lieux de leur première production. Voici, p. ex., des noms de tissus: du cachemire (de Cachemire une ville des Indes), du damas (de Damas, capitale de Syrie), la gaze (de Gaza, ville de Syrie). Voici des noms de vins et de fromages: du bordeaux (de Bordeaux, ville de France), de la madère (du nom de lîle de lOcéan Atlantique), du champagne (du nom de lancienne province française située à lest de Paris).

Les fromages: du brie (), du camembert (), du roquefort () portent les noms des lieux de leur production.

4) Le nom de lieu dune institution, dun événement devient le nom de cette institution (Le quai dOrsay désigne le Ministère des Affaires Etrangères en France, La Maison Blanche désigne le gouvernement des Etats-Unis) ou de lévénement (faire Stalingrad à quelquun porter un coup décisif à qn).

5) Le nom de lauteur ou de linventeur est pris pour le nom de lœuvre ou de linvention: lire du Maupassant, du Flaubert, jouer du Chopin, du Liste, acheter un Rubens, un David (peinture de David), etc.

Les guillemets, petits crochets ronds et doubles qui se mettent au commencement et à la fin dune citation ont reçu leur nom de limprimeur français du XVIs. qui a introduit ce signe.

La guillotine, instrument dexécution, a pris le nom de son inventeur, le docteur Guillotin, qui lavait fabriquée pour des raisons dhumanité.

On dit que la synecdoque, variante de métonymie, prend la partie pour un tout: payer par tête, c.-à-d. par personne. Labc se dit pour lalphabet. Un vapeur pour un bateau à vapeur. A lépoque de la révolution bourgeoise française on appelait les révolutionnaires sans-culottes.

 

 

Cest parce quils ne portaient pas une culotte courte comme les aristocrates, mais un pantalon. Certains noms doiseaux sont des synecdoques: un rouge-gorge (), une rouge queue (), un gros-bec () et autres.

Moins nombreuses sont des synecdoques qui désignent une partie par le nom dun tout: un castor est le nom dun petit animal et en même temps celui de sa fourrure () acheter un castor pour acheter un chapeau fait du poil de cet animal. Toutes les métaphores, les métonymies, les synecdoques en tant que nominations faites par transfert des noms représentent un acte conscient du sujet parlant (de la personne qui parle).

Tabous et euphémismes

Chez certains peuples en voie de développement il est défendu demployer certains mots.

Ces peules croient quil existe un lien organique entre les objets, les êtres, et leurs noms. Ils croient, par ex., que lhomme qui prononce son nom perd une partie de sa substance, cest pourquoi, ils ne veulent pas se nommer aux étrangers incrédules qui pourraient abuser de lemploi de leur nom et par cela même nuire à leur porteur. Cette défense de lemploi de certains mots porte en linguistique le nom de tabou (de lindonésien qui veut dire sacré ), mais parfois prend le sens contraire, celui de damné ().

Dans les langues modernes se rencontrent des survivances de tabous. Ainsi en français il est défendu demployer le mot Dieu dans des jurons, de même on nemploie pas le mot diable de peur dattirer le courroux de lun ou de lautre. Cest pourquoi, on dit parbleu au lieu de par Dieu (ou bien pardi, parvienne avec la même signification). La défense demployer certains mots chez les peuples cultivés est déterminée par dautres causes. Il y a des mots qui ne semploient pas pour des raisons de décence.

De là, la naissance des euphémismes (de deux mots grecs: eu - bien et phémi - je dis).

Les euphémismes sont des nominations périphrastiques, synonymiques ou métaphoriques employées pour ne pas prononcer les termes propres. Par. ex., pendant la I-re guerre mondiale, la langue administrative évitait demployer le nom, de maîtresse, en parlant des femmes non enregistrées des soldats pour ne pas les blesser, et lui substituait le nom de compagne. Pour la même raison on dit une femme respectable, une femme dun certain âge au lieu de dire une vieille femme.

Lemploi des synonymes du verbe mourir, tels que: décéder ou trépasser, prendre lâme, sen aller, nêtre plus, etc. sont aussi du domaine des euphémismes. Lemploi euphémique des expressions pareilles se rencontre dans toutes les langues. Comparez en russe: , , ( ), , etc.

Parfois le mot de la langue maternelle est remplacé par un mot étranger, comme, par exemple, vécé (W.C.).

 

Les euphémismes qui sont appelés à faire oublier la motivation du nom finissent par devenir motivés eux-mêmes.

Les euphémismes de ce genre sont pleinement justifiés. Ils accomplissent une fonction stylistique.

Mais il y a des euphémismes dun autre genre. Ainsi au XVII s. il existait en France le courant littéraire de préciosité. Les précieuses aspiraient à se distinguer du parler du peuple, en évitant certains mots bas. Tels sont, les mots: verre, plat, assiette, chemise, mouchoir et autres qui ne devaient pas être employés. Les termes propres étaient remplacés par des mots de signification plus générale: aux trois premiers mots on substituait le mot: vase (), mouchoir était remplacé par le mot tissu. Quand il était impossible de trouver un mot à valeur générale, on avait recours à une périphrase: la chemise devenait compagne fidèle de la vie et de la mort.

Les raisons sociales de ce genre deuphémismes sont tout autres que celles des premiers: leur but est de défigurer la réalité. Quoique la nature des euphémismes soit différente, tous, ils tendent à se transformer en mensonge.

Hyperbole et litote

Lhyperbole et la litote sont étudiées dans la lexicologie aussi sous le rapport du changement du sens.

Lhyperbole (du grec huper au dessus et bollein jeter) est une exagération, le moyen dexprimer les hauts degrés. Quand on dit: cest à mourir de rire, cest à dormir debout, ou bien jamais de la vie, pour toujours, cela nen finit pas, cest formidable, cest colossal, cest un géant il y a une exagération quon manifeste.

La litote (du grec litotes simplicité) est un phénomène opposé à lhyperbole.

La litote semploie au cas où lon veut faire comprendre ce qui na pas été dit ou lorsquon veut atténuer lexpression. Très souvent on a recours à la négation du contraire de ce quon veut exprimer. Par. ex.: en disant ce nest pas mal on veut faire comprendre que cest bien. Je ne dis pas non veut dire que jy consens. Le thé est-il chaud? peut avoir une réponse: Il nest pas froid.


2

 

:Les voies denrichissement du lexique français. Le fond héréditaire du français. Lévolution et le glissement du sens des mots.

1. 2 :

1. Quelles sont les essentielles voies de lenrichissement lexical du français ? De quels éléments est constitué le fond héréditaire du lexique français ?

2. Quelle est la différence entre le sens étymologique et le sens de base du mot ?

3. Quest-ce quon appelle polysémie et monosémie des mots ?

4. Quelles sont les causes extra et intralinguistiques de lévolution du sens des mots ?

5. Quelle est la différence entre la polysémie et la largeur du sens des mots ?

6. Quest-ce quon appelle dégradation du sens des mots ?

7. Quels procédés linguistiques sappellent tabous et euphémismes?

8. Quel procédé soppose à la dégradation du sens des mots ?

9. Quelle est la différence entre les tropes métaphoriques et ceux métonymiques?

10. Quel trope métonymique appelle-t-on synecdoque?

2. , , 3 .

3. , :

1. . . / . . , . . . . : . ., 1971. 231 .

2. / . . . . : . . 2126, 3039.

3. . . : .-. / . . . . : . . , 2006.

4. . . ( ) / . . , . . . . : , 1967. . 614.

5. Le Guern M. Sémantique de la métaphore et de la métonymie / M. le Guern. P. : Larousse, 1973. 153 p.


Devoirs à faire

Exercice 1.

Relevez dans le texte qui suit les mots monosémiques et les mots polysémiques et expliquez lévolution du sens de ces mots.

Spécifiez les cas dextension et de restriction, ceux de la dégradation ou de lamélioration du sens des mots.

En 1854, Le Grande Chef Blanc à Washington offrit dacheter une large zone du territoire Indien et promit une Réserve pour le peuple Indien. La réponse du Chef Seattle, publiée ici intégralement a été décrite comme la plus belle et la plus profonde déclaration jamais faite sur lenvironnement.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Lidée nous paraît étrange.

Si nous ne possédons pas la fraîcheur de lair et le miroitement de leau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement dinsecte est sacré dans le souvenir et lexpérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de lhomme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsquils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts noublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de lhomme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et lhomme tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grande Chef à Washington envoie dire quil veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire quil nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre dacheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile, car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières nest pas seulement de leau, mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler quelle est sacrée et que chaque reflet spectral dans leau claire des lacs parle dévénements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de leau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoes, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et lenseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère. Nous savons que lhomme blanc ne comprend pas nos mœurs.

Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car cest un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin.

 

La terre nest pas son frère, mais son ennemi, et lorsquil la conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeuls, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeuls et le patrimoine de ses enfants tombés dans loubli. Il traite sa mère, la terre et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes.

Exercice 2.

Relevez dans le texte les métaphores et les comparaisons et expliquez comment a évolué le sens des métaphores.

Exercice 3.

a) Remplacez le mot chose par un terme plus précis :

1. Le chemin est une chose passionnante. 2. Que tu mettes ou non ton chapeau mou, cest une chose sans importance. 3. La docilité est une chose bien utile à lenfant. 4. Ce buffet est une belle chose. 5. Elle rassemblait les diverses choses nécessaires à la composition de cette sauce. 6. Le dépanneur a apporté toutes les choses nécessaires à son travail. 7. Tu as décidé de travailler régulièrement ? Cest une chose sage.

Exercice 4.

Expliquez par quel procédé a évolué le sens des noms dans les groupements des mots suivants :

a) la bouche dun fleuve la bouche dun canon ; les dents dun peigne les dents dune scie ; les bras dun fauteil les bras dun fleuve ; le pied dune table le pied dune montagne ;

b) coucou, zig-zag, croa-croa, miauler ;

c) lire un Balzac, jouer du Mozart, acheter un Petit Robert ;

d) manger une assiette, boire un verre, avaler une tasse.

 

Le thème 4. Formation des mots nouveaux. Notions préliminaires

On appelle formation de mots nouveaux lensemble de procédés de la création des mots à laide des éléments de la langue même.

Elle comprend les différents procédés de formation qui se réduisent aux groupes suivants.

Dérivation

1) Dérivation suffixale (addition de terminaisons spéciales) p.ex., penseur, labourage, aboutissement toussoter, etc.

2) Dérivation préfixale (addition de syllabes initiales): poser apposer, poser, supposer, etc.

3) Formation parasynthétique par addition au radical dune syllabe initiale et dune finale à la fois: balle emballer, ménage ménager, bel embellir, terre terrer, etc.

4) Dérivation régressive (soustraction dune syllabe): aristocratie aristocrate, regarder regard, etc.

La dérivation régressive sert le plus souvent dans le français moderne à former les substantifs à la base des verbes.

5) Dérivation impropre ou le passage des mots dune partie du discours en une autre: malade - un malade, dîner - le dîner, tranchant - un tranchant, cinquième - un cinquième, etc.

En français nimporte quelle partie du discours peut former un substantif (se substantiver) par ladjonction de larticle.

6) Composition. Composition (réunion de deux ou de plusieurs mots ou radicaux qui peuvent semployer ou qui pouvaient semployer avant comme des mots à part: chou-fleur, arc-en-ciel, essuie-mains, bonhomme, vinaigre.

Le français se sort de ce type pour le style littéraire: ukraino-français, politico-militaire, physico-mathématique, théâtro-thérapie.

Outre ces procédés essentiels de la formation de mots nouveaux ces derniers peuvent se former de plusieurs autres manières, notamment:

7) Par labréviation quand on réduit plusieurs mots à leurs lettres initiales quon dit et quon prononce comme un mot simple: P.T.T.; U.P., O.N.U., ou bien on réunit les syllabes de deux ou de plusieurs mots: Bat dAf (bataillon dAfrique), Veld-hiv (vélodrome dhiver).

La coupure délément initial est appelée dans la linguistique aphérèse. Exemples: Colas (Nicolas), Toine (Antoine), car (autocar).

La coupure délément final est appeleé apocope: Di (Diane), prof (professeur), bachot (bachelier), para (parachute), prolo (prolétariat).

Lapocope se rencontre plus souvent que laphérèse, les types peuvent se combiner dans les mots: Mimil (Emil) aphérèse+réduplication.

Enfin on forme des mots nouveaux en imitant quelques sons, certains bruits ou mouvements.

Ce sont là des onomatopées: tic-tac, frou-frou, zig-zag, etc.

Lanalyse morphologique du mot nous permet de dégager dans la plupart des mots la racine, le radical et les affixes (suffixes et préfixes).

Dérivation suffixale

On appelle suffixe (du latin suffixum placé après) la syllabe brève qui se place à la fin du radical et ajoute à lidée exprimée par le radical des idées accessoires. Par ex., en ajoutant le suffixe ure au radical verbal, nous obtenons les noms qui désignent le résultat de laction exprimé par le radical blesser blessure; le suffixe -eur en sajoutant au radical verbal ou nominal y ajoute lidée de lagent daction: labourer laboureur, danser danseur. Le suffixe -té, ajouté au radical dun adjectif y ajoute lidée dune qualité abstraite: bon bonté, ferme fermeté.

Ces exemples nous montrent que certains suffixes peuvent faire passer le mot dune catégorie grammaticale à une autre. Mais les suffixes appréciatifs, cest-à-dire diminutifs, augmentatifs, péjoratifs nont pas cette fonction: garçon garçonnet, riche richard, vert verdâtre, etc. Ces dérivés appartiennent à la même partie du disours que le mot simple.

 

Suivant la partie du discours que forment les suffixes, ils se subdivisent en suffixes nominaux (formant des noms et des adjectifs), suffixes verbaux (formant des verbes) et suffixes adverbiaux (formant des adverbes).

Les suffixes nominaux sont nombreux. Prenons à titre dexemple le mot feuille. Le nombre de noms et dadjectifs qui en dérivent est considérable: feuillage, feuillée, feuillu, feuillaison, feuillard, feuilleret, feuillure, feuillet, feuillotte, feuilleton, feuilletoniste.

Quant aux verbes, il nen a formé que deux: feuiller et feuilleter. Les suffixes, en sajoutant au radical, ordinairement, ne changent pas la forme de ce dernier: journal journaliste, feuille feuillée, feuillage, etc.

Mais il arrive parfois que le radical change:

1) la voyelle du radical peut changer, par exemple: poil pelage, pain panade.

2) la voyelle finale du radical peut tomber: Sahara Saharien, Canada Canadien.

3) la consonne finale du radical peut changer: arc archet, zinc zingage.

4) la terminaison du radical peut tomber: oiseau oisillon, marmot marmoillon.

5) lorthographe du dérivé peut changer: col collet, char charrette.

Origine des suffixes français

Suffixes nominaux

La majorité des suffixes français sont dorigine latine, un petit nombre sont dorigine étrangère (germanique et méridionale) en outre il y a des suffixes de formation française.

La formation latine est double: suffixes dorigine populaire et suffixes dorigine savante.

Cette double formation sexplique par la voie de la pénétration des mots latins au français: par la tradition orale ou par écrit.

Des premiers ont été dégagés les suffixes populaires, des seconds les suffixes savants.

Parfois le même suffixe latin a pris dans la langue française deux formes différentes, lune populaire, lautre savante. On dit quen ce cas il y a doublet.

Les suffixes savants se sont moins écartés du latin que les suffixes populaires (en tout cas dans leur orthographe). Cela saute aux yeux si nous comparons les suffixes savants et populaires: -arium a fourni deux suffixes: -ier (populaire) et -aire (savant): écolier, fonctionnaire; -atorem -eur (pop.) et -ateur (savant): joueur et initiateur, penseur et dessinateur. Les suffixes savants qui remontent moins haut dans la langue que les suffixes populaires finissent parfois par les remplacer. Ainsi, -ence est bien plus productif que -ance. La grande extension quont pris -ique, -isme et -iste témoignent de la plus grande productivité de beaucoup de suffixes savants en comparaison avec les suffixes populaires.

Suffixes dorigine étrangère

Le français a emprunté un petit nombre de suffixes aux langues étrangères. On trouve dans les plus vieux textes des suffixe dorigine germanique: -alt, -and, -ard,

-enc, -an, -and, -ain. Après la Renaissance linfluence méridionale amène -ade, ‑esque.

Suffixes de formation française

Nous appelons suffixes de formation française ceux qui ne dérivent pas directement de tel ou tel autre suffixe latin ou étranger.

Les suffixes latins et étrangers pourraient sappeler suffixes primaires.

Les suffixes de formation français sont des formes élargies des suffixes latins et étrangers. Ils pourraient sappeler secondaires.

Il faut pourtant citer comme exception à cette formation française le suffixe moderne (argotique) dont lorigine sexplique autrement. O est un suffixe populaire de création récente. Il semploie surtout dans la langue populaire et doit son origine soit à labréviation, soit à lanalogie. Le suffixe se substitue souvent à une autre terminaison: camarade camarado, invalide invalo, anarchiste anarcho, bachot (bachelier), chicardot (chicard), garno (hôtel garni), Monparno - Monparnasse, prolo (prolétaire), proprio (propriétaire), sergo (sergent) etc.

Daprès leur sens les suffixes nominaux peuvent être répartis en quatre catégories essentielles: 1) les suffixes qui forment des noms désignant les choses, 2) les suffixes qui forment des noms de personne, 3) les suffixes qui forment des noms abstraits, 4) les suffixes appréciatifs (diminutifs, augmentatifs, péjoratifs, etc).

Suffixes nominaux désignant des noms de choses

-ade (pop) colonnade; -age, m (pop) feuillage; -ail, m (pop) gouvernail; -aille, f (pop) ferraille; -ain, , (pop) quatrain; -aine, f (pop) douzaine; -aire, m (savant) formulaire; -ard, (pop) buvard; -as, m (pop) plâtras; -asse, f paperasse -at, m (savant) internat; -ateur, m (savant) réfrigérateur; -ature, f (savant) armature; -ée, f (pop) bouchée; -eau, m (pop) ciseau; -elle, f (pop) passerelle; -erie, f (pop) blancherie; -ette, f (pop) allumette; -euse, f (pop)

batteuse; -ier (ière) (pop) encrier, cafetière; -ine (savant) aspirine; -ite (savant) bronchite; -oir (-oire) (pop) rasoir, conservatoire; -on, m (pop) bouchon; -ure, f (pop) armure, dorure.

Les suffixes -ine et ite sont des suffixes savants, employés surtout dans la terminologie médicale: le premier pour marquer les produits chimiques, le second les noms des maladies.

Suffixes nominaux désignant des noms de personnesles plus souvent employés: -ain, -aine, m, f (pop) Américain; -aire, m, f (savant) révolutionnaire; -ais, -aise, m, f (pop) Anglais; -and, -ande, m, f (pop) Normand; -ard, -arde, m, f (pop) campagnard; -atèur, -atrice, m, f (savant) agitateur, cantatrice; -eur, m, -euse, f (pop) chauffeur, blancheuse; -ien, -ienne, m, f (savant) praticien; -ier, -ière, m, f (pop) menuisier; -iste, m, f (savant) dentiste; -ois, -oise, m, f (pop) Danois; -on, -onne (pop) fripon.

Suffixes nominaux désignant des notions abstraites

-ade, f (pop) bravade; -age, m (pop) passage; -aison, f (pop) déclinaison; -ance, f (pop) assistance; -at, m (savant) prolétariat; -ature, f (savant) signature; -ence, f (savant) prudence ; -erie, f (poip) camaraderie; -esse, f (pop) sagesse; -eur, f (pop) grandeur; -ie, f (pop) jalousie; -ise, f (pop) franchise; -isme, m (savant) marxisme; -ité, f (savant) égalité; -ment, m (pop) avance,ent; -, f (pop) beauté; -tude, f (savant) exactitude; -ure, f (pop) rupture.

Suffixes nominaux appréciatifs

-aille (collectif et péjoratif) canaille; -ard (augmentatif et péjor.) gueulard; -aud (péjoratif) rougeaud; -eau (diminutif) renardeau; -elet, -elette (diminutif avec tendresse) maigrelet, femmelette; -ereau, -erèlle (dépréciatif) poétereau; -eron (diminutif, caressant) moucheron; -et, -ette (diminutif, caressant) jardinet; -illon, -illonne oisillon; -on (diminutif, augmentatif) ourson, ballon; -ot, -otte (diminutif) menotte.

Tous les suffixes appréciatifs sont dorigine populaire.

Les suffixes nominaux comprennent non seulement les suffixes de substantifs, mais aussi ceux dadjectifs. Grand nombre de suffixes de substantifs servent en même temps à former des adjectifs (suffixes de personnes et suffixes appréciatifs), tels que: -ain, -aine, -ais, -aise, -ard, -ature, -atrice, -aud, -éen, -elet, -et, -ette, -eur, -euse, -ien, -ienne, -ier (-ère), -in, -iste, -ois, -oise, -ot, -otte.

Outre ces suffixes communs aux substantifs et aux adjectifs il existe des suffixes adjectivaux particuliers, tels que: -able (admirable), -al (-alle) national, -âtre (rougeâtre), -el (-elle) accidentel, -esque (pittoresque), -eux (-euse) joyeux, -ible (admissible), -if (-ive) craintif, -ième (dixième), -ique (atomique), -u (barbu).

Suffixes verbaux

La dérivation verbale se fait exclusivement sur le type de la -ère conjugaison: mur murer, ou de la seconde: lot lotir. Pour les verbes du premier groupe la dérivation peut être immédiate comme dans lexemple cité, ou médiate, comme dans poète poétiser, rêve rêvasser.

On ne trouve aucune formation française qui se modèle sur les verbes en -oir ou -re, cest pourquoi cette conjugaison est dite morte. Les verbes en -ir. La dérivation en -ir était assez générale au Moyen âge, mais depuis cette époque elle a commencé à diminuer, dans la langue actuelle elle a presque cessé de produire. On peut citer un exemple: amerrir fait sur le modèle de atterrir. Comme les verbes du premier groupe, les dérivés du deuxième se forment: 1) des substantifs et 2) des adjectifs: a) brandir (bran, m), crépir (crèpe, f), garantir (garantie, f), meurtir (meurtre, m); b) aigrir (aigre), blanchir (blanc), bleuir (bleu), franchir (franc) etc.

Suffixes verbaux (dérivation médiante)

-ailler (appréciatif et diminutif) ferrailler; -asser (dépréciatif et diminutif) rêvasser; -eler (diminutif) craqueler; -fier (savant, diminutif) simplifier; -iller (diminutif) sautiller; -iser (savant, diminutif) égaliser; -onner chantonner.

Le suffixe adverbial

Le seul suffixe adverbial est -ment. Il remonte au nom féminin mens qui voulait dire esprit, manière et dont lablatif fait mente. En latin ladjectif jouait le rôle du déterminant auprès de mens et saccordait avec lui en genre, cest-à-dire était du féminin, cest pourquoi, en français le suffixe -ment sajoute à ladjectif féminin, exception faite pour les adjectifs terminés au masculin par une voyelle: joli joliment.

La formation des adverbes en -emment et -amment sexplique par la forme du masculin et du féminin des adjectifs en -ent et -ant en ancien français (méchant, prudent). Les adverbes formés de ces adjectifs se prononçaient dabord [ama prydama], plus tard la voyelle nasale sest dénasalisée devant une consonne nasale. La langue moderne continue à produire sur ce modèle les adverbes des adjectifs en -ent et -ant: élégamment, couramment, épatamment.

Certains adverbes de manière ont un é à la fin du radical: précisément, profondément, conformément. Cela sexplique par des flottement au XVII s. dans la prononciation de le féminin, de même que par des flottements de la formation de ces adverbes des adjectifs ou des participes (de précise ou de précisé).

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