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Emploi stylistique des synonymes

Lemploi des synonymes orne la parole, la rand plus imagée, plus vive, plus expressive, la fait apte à exprimer les moindres nuances de la pensée.

La langue de la conversation et lexpression familière possèdent un nombre considérable de synonymes.

Mais la langue littéraire nen est pas moins riche. Soit les synonymes littéraires de ladjectif rouge: vermeil, pourpre pourpre rougissant écarlate etc. employés pour exprimer différentes nuances de cette couleur.

Les écrivains choisissent avec art les synonymes pour rendre lidée maîtresse de leur oeuvre ou dun partie de leur œuvre. Ainsi V. Hugo dans les Travailleurs de la mer emploie six synonymes pour décrire les tentacules de la pieuvre et de cette façon en fait une caractéristique imagée.

Il les appelle tentacule antenne ventouse suçoir courroie pepli.

Un pareil emploi enrichit la langue de lauteur la rend imagée.

Dans la poésie Navarin (Les Orientales) V. Hugo emploie 26 noms de vaisseaux qui prenaient part à la bataille et de cette façon crée limpression dune grande mêlée navale.

Lemploi des synonymes est dicté par le désir de ne pas répéter maintes fois le même mot vu que la répétition dun même mot appauvrit le lexique de lauteur.

Seuls les termes ne doivent pas être remplacés par des synonymes pour des raisons de clarté et de lexactitude de lexpression.

Les synonymes figurent dans le jeu de mots. V. Hugo dit dans les Misérables: Libération nest pas délivrance. On sert du bagne et non de la condamnation. La différence de ces deux séries synonymiques a permis dexprimer lantithèse, procédé préféré de V. Hugo.

 

 

Il faut donc distinguer les synonymes sémantiques, les synonymes stylistiques et les synonymes sémantico-stylistiques.

Les synonymes sémantiques ou idéographiques sont des mots distincts par la forme ayant une signification presque identique et se distinguant seulement par des nuances. Par exemple: brave, courageux, intrépide , , , , .

Les synonymes stylistiquesne diffèrent pas par leurs sens que par leurs variations affectives ou stylistiques. Ainsi, le mot enfant est neutre, le mot bambin désigne un petit enfant avec une nuance de sympathie, de même que le mot gosse avec une nuance de supériorité; le mot petit bonhomme porte un ton amical et un peu protecteur tandis que le mot galopin est employé dans un sens péjoratif. Les synonymes stylistiques peuvent se distinguer par leur appartenance à un tel ou tel style. Par exemple, (style neutre) (style littéraire, publiciste) (style daffaire).

Les synonymes sémantico-stylistiques diffèrent tant par leur sens sémantiques que par leurs nuances stylistiques: , , , , , . Le mot tête (neutre) a ses synonymes argotiques: boule, caboche, cafetière, sorbonne, etc.

La synonymie peut être absolue et relative. Les synonymes absolus ne se distinguent ni par les nuances sémantiques ni par les nuances stylistiques.

Comparez: = , = , = , = ; chauffeur = conducteur, chat = matou, vilebrequin = arbre coudé, aimant électrique = électro-aimant. Les synonymes relatifs ou partiels ne le sont pas. Comparez: remplacer et changer, lancement et mise en marche.

Antonymes

On appelle antonymes (du grec anti contraire et onoma nom) les mots qui ont une signification contraire: vie et mort, vérité et mensonge, commencement et fin, bon et mauvais, haut et bas, défendre et attaquer, , etc.

Dans ces paires dantonymes lun exclut lautre, mais on peut considérer comme antonymes les couples de mots où lun nexclut pas nécessairement lautre. Par exemple: acheter vendre, théorie pratique, faim soif.

On peut rapporter aux antonymes lopposition grammaticale des genres: maître maîtresse. Comme les mots sont généralement polysémiques, un même mot peut avoir non un seul sens, mais plusieurs antonymes.

Ce qui a été au sujet des synonymes, on le répétera pour les antonymes: le contexte seul peut fixer le sens des mots. Par exemple, le mot clair a des significations assez variées qui restent vagues quand le mot est isolé. Elles se montrent dans les contextes: couleur claire, idée claire. Il va de soi que les antonymes de chacune de ces significations seront différents: couleur foncée, idée obscure.

 

 

Suivant le contexte le mot misère, par exemple, peut avoir des antonymes suivants: richesse, fortune, bonheur, grandeur.

Au point de vue sémantique, différentes notions peuvent sopposer et exprimer lidée de contraste. Les mots qui désignent ces notions sont des antonymes. Tels sont par exemple, les mots qui désignent létat ou lactivité de lhomme (naître mourir, parler se taire, rire pleurer).

Les différentes parties du discours peuvent être antonymes.

Lidée de contraste peut être exprimée:

1/ par les mots qui désignent les phénomènes de la nature: chaud froid, la gelée la dégèle, la sécheresse lhumidité, la clarté lobscurité, humide sec, bruyant silencieux, il fait chaud il fait froid, sépanouir se faner.

2/ par les mots se rattachant à lidée de temps: lété lhiver, le jour la nuit, le matin le soir, tôt tard, autrefois maintenant, toujours parfois.

3/ par les mots qui se rattachant à lidée de lieu: nord sud, orient occident, loin près, lointain proche, séloigner se rapprocher.

Les plus nombreux parmi les contraires sont les mots qui désignent des qualités, des états: bon mauvais, joli laid, lourd léger, inutile utile, amer doux, grand petit, tranchant étanche, sot sage.

Formation des antonymes

Généralement les antonymes sont des mots ayant des radicaux différents comme on a pu se persuader en analysant les exemples précédents. Mais certains antonymes sont formés dun même radical par ladjonction dun préfixe de négation ou dopposition:

défini indéfini faire défaire

agréable désagréable connaître méconnaître

content mécontent illusion désillusion

lisible illisible chance malchance

Les antonymes peuvent se former dun même radical par ladjonction du suffixe comme cest le cas de lopposition du genre grammatical: tigre tigresse, nègre négresse.

Les antonymes peuvent résulter parfois du changement et du développement du sens des mots. Par exemple, le verbe livrer dont la signification étymologique est délivrer a pris avec le temps celle de trahir: livrer un ami, gagner dont le sens étymologique est tirer un profit cest-à-dire gagner de largent semploie au figuré avec la signification contraire: gagner une fièvre.

Le substantif hôte dont le sens est maître de la maison semploie aussi au sens de visiteur.

Les antonymes ont une valeur stylistique. Lemploi des antonymes contribue à créer des contrastes dont usent les écrivains pour des raisons dexpressivité en opposant les uns aux autres deux phénomènes, deux êtres, deux actions.

V. Hugo faisait un emploi heureux de synonymes et dantonymes pour exprimer lantithèse, son procédé stylistique préféré.

 

Par exemple, dans Lhomme qui rit il dit: La prison pourrit lhomme, mais le conserve, si garder cest conserver.

Homonymes

Les homonymes (du grec homos pareil et onoma nom) sont des mots qui se prononcent et parfois sécrivent identiquement, mais dont le sens est différent. Par exemple, en Ukrainien lensemble de sons correspond à trois significations différentes: une lyre mus.; une lyre oiseau; une lyre argent. En français une balle sert à désigner quatre concepts: 1/ un jouet denfant; 2/ un projectile; 3/ un paquet; 4/ une enveloppe du grain dans lépi.

Le mot une ferme correspond à trois concepts: 1/ adjectif solide (, ); 2/ une petite métairie ; 3/ lion de chevron ; une adresse désigne: 1/ indication du lieu de séjour; 2/ qualité de celui qui est adroit; 3/ notion de lélectronique.

On distingue 1/ des homonymes homographes, cest-à-dire des mots qui se prononcent et sécrivent identiquement et 2/ des homonymes homophones cest-à-dire des mots qui sonnent de la même manière, mais dont lorthographe est différente, par exemple, pin et pain; sang, sans et cent, cher, chair, chaire, chère etc.

Les causes de lapparition des homonymes sont variées et elles varient de langue à langue.

En français, par exemple, où les homonymes sont très nombreux, leur apparition sexplique par 1/ un grand nombre de monosyllabiques, la combinaison des sons formant des monosyllabes étant limitée. De là les homonymes, tels que: ce-se, ces-ses, pain-pin, père-pair. Daprès les données des professeurs Ganchina et Petersonn la quantité de monosyllabiques employés dans la parole varie de 55 à 67 pour cent.

2/ Par la disparition de la flexion doù les homonymes morphologiques (grammaticaux) qui se prononcent et sécrivent identiquement.

3/ Par les changements phonétiques et par les emprunts aux langues étrangères.

4/ Par les changements sémantiques.

Il faut distinguer entre les homonymes lexicaux et les homonymes grammaticaux (morphologiques).

Les raisons de leur apparition dans la langue sont différentes.

On appelle homonymes grammaticaux (morphologiques): a/ les mots appartenant aux parties du discours différentes, mais qui coïncident dans certaines formes phonétiquement et orthographiquement; b/ diverses formes dun même mot.

Les homonymes grammaticaux résultent du 1/ passage des mots dune partie du discours à une autre; 2/ de la perte de la flexion.

Les homonymes grammaticaux contribuent à lenrichissement lexical en formant des mots nouveaux.

Voici quelques exemples des homonymes grammaticaux résultant du passage dune catégorie grammaticale à une autre.

 

savant (adj.) savant (m) substantif

mal (adverbe) mal (m)

toucher (infinitif) toucher (m)

rucher (infinitif) rucher (m) orner de ruches

passé (part. passé) passé (m), le temps évolué

courant (part. présent) courant (m) direction du mouvement deau, dair

passant (part. présent) passant (m) personne qui passe

rose (f) fleur rose (adj.) désignant la couleur

le (article défini masc.) le (pronom compl. direct, masc.)

point (m), substantif point (particule de négation) etc.

2/ Voici ceux qui résultent de la perte de la flexion:

montre (impératif, 2-me pers. du singulier) montre (Présent de lindicatif, I-re et 3-me pers. du singulier)

circulez (Présent de lIndicatif), 2-me pers. du pluriel circulez (Impératif, 2-me pers. du pluriel)

On appelle homonymes lexicaux les mots appartenant à une partie du discours. Par exemple, les substantifs une botte dont on désigne: 1/ gerbe; 2/ chaussure; 3/ coup; 4/ petit fût; 5/ fer matière et fers (à cheval).

Les homonymes lexicaux à leur tour se subdivisent en deux groupes. La majorité des linguistes estiment quil existe des homonymes: a/ qui avaient été deux mots différents à lorigine; et ceux b/ qui avaient été à lorigine un seul et même mot.

Les premiers résultent dun lent et long développement phonétique. Tous les homonymes homophones sont de cette origine. Ce groupe dhomonymes augmente toujours grâce aux changements de la prononciation qui se font dans une langue.

A titre dexemple des changements phonétiques qui amenèrent lhomonymie on citera la série homonymique qui, se prononce [V E : R]:

ver (m) < vermis (pertile)

vers (m) < versus (poésie)

vair (m) < varium (fourrure décureuil de deux couleurs, blanc et gris)

verre (m) < vitrum (matière)

La série homonymique [m u s] sest formée grâce aux emprunts aux différentes langues.

1/ mousse (f) espèce de lichen, mot dorigine franque

2/ mousse (f) écume, origine incertaine

3/ mousse (m) jeune marin, origine italienne ou espagnole.

Les causes de la formation des homonymes homographes sont les mêmes que celles des homonymes homophones au cas où lorigine des mots est différente. Par exemple:

a/ louer < laudare (louer un élève)

louer < locare (louer un appartement)

b/ bière (f) < bahre (origine neerlandaise) cercueil

bière (f) < bier (origine allemande) boisson

 

 

c/ cousin (m) < consobrinum (lat) parent

cousin (m) < colicem (lat) moustique

d/ mine (f) < fosse résultat de la dérivation postverbale du verbe miner

mine (f) < mina (lat) ancienne monnaie

mine (f) origine incertaine figure

Tout autre est la formation des homonymes qui à lorigine étaient un seul mot, tels que, par exemple, grève bord sablonneux dun fleuve, et grève état de ceux qui manquent de travail. Si le premier groupe dhomonymes résulte dune longue évolution phonétique de mots différents à lorigine, le second résulte dun développement sémantique du mot, un développement poussé à tel point quentre la signification étymologique du mot et sa signification dérivée il ny a plus aucun lien sémantique; le dérivé est considéré comme un mot nouveau, nayant de commun avec le primitif que la forme phonétique qui ne change pas. Nous sommes en présence, en ce cas, de la formation dun homonyme.

Certains linguistes, dont Ch. Bally, appellent le premier groupe homonymes étymologiques, le second homonymes sémantiques.

Certains linguistes ne reconnaissent pas lhomonymie sémantique (tel A. Abaiev), se basant sur limpossibilité de pouvoir délimiter la polysémie de lhomonymie sémantique. Ils nadmettent que lhomonymie étymologique, basée sur la différence de lorigine des mots ou du moins, sur la différence de leur formation dun même radical. Ils trouvent que dans la délimitation de lhomonymie il faut se tenir aux principes objectifs. La différence de sens doit être exprimée dès lapparition des mots.

Ce qui aide à établir lhomonymie sémantique, ce sont de brefs contextes, par exemple, a/ La voix humaine et b/ La voix passive. a/ voix dans le premier contexte et b/ voix dans le second proviennent tous deux du latin vocem, mais en français moderne désignent des choses bien différentes.

Le génie de Hugo (génie talent exceptionnel) et lofficier du génie (génie espèce darmés).

Notre avis est quon ne peut pas nier lexistence des homonymes sémantiques. Le désaccord entre les linguistes provient de la manière denvisager les phénomènes de la langue. Si lon envisage un fait de la langue (soit lhomonymie sémantique), du point de vue historique, elle se présente comme polysémie.

Dans beaucoup de cas il est aisé de suivre la filiation du sens et détablir le lien sémantique qui unissait deux significations voisines.

Si lon envisage le même fait du point de vue synchronique, cest-à-dire à une étape donnée du développement de la langue, il est souvent impossible détablir le lien sémantique entre certaines significations dun mot polysémique. Lécart du sens se présente infranchissable au sujet parlant daujourdhui.

Les homonymes sémantiques qui créent des mots nouveaux, en enrichissent le lexique.

Les homonymes donnant lieu à de différentes interprétations des mots ont une valeur stylistique, ils ont une source de jeu de mots, de calembours, dhumour.

 

Le jeu consiste en ce que le mot est employé dans un contexte qui peut être interprété de façons différentes. Par exemple, Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas (raison motif et raison esprit).

Jétais au service chez un aveugle, mais je nai pas pu y rester: il était trop regardant (regardant a deux sens: avare et celui qui a une bonne vue). Ici regardant est pris au sens davare. Mais le contraste des mots aveugle et regardant rée un calembour.

Comme les homonymes effacent les traits distinctifs des mots ayant une signification distincte, ils sont considérés comme un fait négatif du langage. Sous ce rapport, ils sopposent aux synonymes qui, ayant des significations distinctes quoique souvent très proches, les expriment par des formes phoniques distinctes.

Conclusion

Létude des homonymes, des synonymes et des antonymes permet de faire une conclusion concernant la corrélation de ces faits du langage.

1. Les mots peuvent avoir une même forme phonique (parfois même orthographique), mais un sens distinct. Par exemple, mine (visage) et mine (fosse), pain (nourriture) et pin (arbre), louer (faire des louanges) et louer (un appartement) etc. Ce sont les homonymes.

2. Les mots distincts par la forme peuvent avoir une signification presque identique, se distinguer seulement par des nuances de la notion générale quils expriment ou par leur emploi, par exemple: brave, courageux, intrépide; avoir peur, avoir la frousse; yeux, mirettes etc. Ce sont les synonymes.

3. Enfin les mots distincts par la forme peuvent avoir des significations contraires, tels que: clarté obscurité, blanc noir, fini infini etc. Ce sont les antonymes.

Les synonymes et les antonymes semblent sopposer les uns aux autres. Pourtant une analyse minutieuse fait voir que ces deux catégories de mots présentent des limites extrêmes des liens sémantiques quexpriment les mots, tandis que les homonymes ne sont basés que sur lidentité de la forme.

Les couches lexicales et les groupements de mots en français moderne

Archaïsmes et néologismes

Le lexique dune langue est un état dun perpétuel mouvement. Il y a des mots qui naissent, dautres qui meurent.

Il en naît toujours davantage quil nen meurt, cest pourquoi le lexique dune langue senrichit incessamment.

Parmi des mots dune langue il y a des mots stables qui vivent durant des siècles, tels mots héréditaires, mots qui expriment des concepts vitaux.

Il y en a dautres dont lexistence nest pas de longue durée, ce sont des mots créés pour la circonstance ou sous linfluence de la mode, les mots qui meurent avec les choses quils désignent.

 

 

Quand il ny avait pas de livres, les mots hors dusage soubliaient et disparaissaient définitivement. A lheure actuelle, un mot vieilli ne meurt pas entièrement car il est enregistré par le dictionnaire et peut se trouver dans des livres, dans des oeuvres des auteurs.

Quelles sont les causes de lextinction des mots? Il y en a plusieurs.

Cest en premier lieu, des raisons historiques, des changements politiques, économiques et sociaux qui suppriment certaines choses de la vie de la société et, par conséquent, font oublier les mots qui désignaient ces choses.

En France cest la Révolution bourgeoise de 1789 qui a mis hors dusage un certain nombre de mots désignant la division administrative de la France davant la Révolution, les titres de la Cour royale, des impôts etc., tels sont les mots: sénéchal et sénéchaussée (gérant de la Cour royale, juge et la subdivision administrative qui est en puissance de ce juge); bailly (juge dune localité), dîme, taille (impôts), fief (domaine féodal) etc.

Dautre part, certains mots, créés pendant la révolution, cest-à-dire les mots nouveaux à lépoque de la Révolution sont aussi devenus hors dusage, tels sont les mots désignant les mois du calendrier révolutionnaire (nivose, pluviose, ventose, germinal etc.); des mots créés pour la circonstance, tels lanterner (pendre à la lanterne), septembriseur (participant à la terreur de septembre) et dautres. Mots dérivés des noms propres: robespioriste, dantoniste, maratiste, babouvisme désignant des hommes politiques de lépoque ou des doctrines révolutionnaires en vogue.

Pourtant les mots de cette espèce ne dispairaissent pas entièrement de la langue. Ils sont employés dans les ouvrages historiques, dans les oeuvres littéraires et publicitaires pour communiquer à lœuvre la couleur locale.

Ces mots sont connus sous le nom de mots historiques.

Il y en a dautres parmi les mots vieillis qui sont connus sous le nom darchaïsmes (du grec archaios ancien). Les archaïsmes désignent les phénomènes et les choses qui existent jusquà nos jours, mais qui ont pris dautres noms.

Par exemple, la notion de courir était rendue par le mot courre, celle de plaire par plaisir, une bourgeoisie mariée sappelait démoiselle, le nom de dame était réservé à la noblesse, sieur a été remplacé par Monsieur et ainsi de suite.

Lune des causes de ce que les mots vieillissent cest quun synonyme phonétiquement plus stable et qui ne contribue pas à la formation des homonymes leur est substitué, par exemple, armée a remplacé est; poitrine a remplacé pis (dont les homonymes sont pie (oiseau), pis (adverbe), pie (adjectif dévot), visage a remplacé vis (dont lhomonyme est vie), donner a remplacé bailler (homonyme bailler). Dautres ont changé de signification, par exemple, gouverne qui a été remplacé par conduite. Danser a remplacé baller, tomber se substitue à cheoir, sortir à issir, entendre à ouir, penser à cuidier.

 

 

Dautres encore gardaient trop leur forme latine, devenue difficile à prononcer, par exemple; dextre, senestre qui ont cédé la place à droit, à gauche.

Les lois de la mort des mots ne sont pas encore bien claires. Il arrive parfois quun mot vieilli semploie dans certaines locutions. Ch. Bally dit quen ce cas larchaïsme est vivant. Par exemple, le mot guise est vieilli, mais il est parfaitement vivant dans la locution en guise de (en qualité de). Le mot prou (beaucoup) est un archaïsme, mais il existe dans les locutions peu ou prou (peu ou beaucoup), ni peu ni prou (ni peu ni beaucoup); gouverne sest conservé dans la locution je dis cela pour votre gouverne (connaissance). En ancien français le mot martel désignait lobjet quon nomme aujourdhui marteau. Pourtant le mot martel existe dans le dicton avoir martel en tête qui signifie penser incessamment à qch.

Dautre part, il y a des mots qui en tant que mots isolés sont vivants, mais qui ont changé de signification. Par exemple, le mot demeure semploie bien avec le sens dhabitation, mais ce nest pas le sens de la locution il ny a pas péril en la demeure où il signifie attente. Le mot pie a pris le sens de tettes. Il y a perte du sens et non du mot.

Enfin il y a des archaïsmes de syntaxe.

Les néologismes (du grec neos nouveau et logos mot) ou les mots nouveaux qui apparaissent avec le développement de la culture, avec les changements de la vie sociale et politique, avec lépanouissement des sciences et de la technique ne sont pas des créations primitives. Ce sont, la plupart du temps, des emprunts aux langues étrangères, aux dialectes ou aux archaïsmes. Ils peuvent être créés par le changement du sens des mots déjà existants, ou par des moyens grammaticaux, cest-à-dire être des combinaisons nouvelles des morphèmes ou des mots.

Le sort des néologismes est différent suivant le sort de la chose ou du phénomène que le mot nouveau désigne: il est aussi en dépendance de la forme du mot nouveau qui peut correspondre ou non aux lois internes du développement de la langue.

La majorité des néologismes sont des termes scientifiques, empruntés en partie au latin, tels que: sanatorium, inexpert; en partie dérivés des radicaux latins, tels que: ministresse, sénatresse, bénédictine, lanoline, toxine et toute une série de termes techniques en -iste, -isme: féministe, infantilisme désignant des doctrines et des partisans de ces doctrines; en partie formés des éléments grecs: cinématographie, appendicite, antidiphtérique; en partie, enfin, des mots formés des radicaux de plusieurs langues: photo-revue, aéro-club, radiographie, vélodrome etc.

On voit aisément que tous ces néologismes ne sont en réalité quune combinaison nouvelle des éléments de vieux mots, combinaisons qui sont appelées à exprimer des idées nouvelles.

Le laps du temps durant lequel un mot peut être considéré comme néologisme nest pas établi. Dune manière approximative on lévolue de 15 à 30 ans.

Beaucoup de mots nouveaux ont été créés après la I-ère et la II-ième guerres mondiales.

 

Ces mots se rapportent: 1/ aux termes de guerre; 2/ désignent de nouvelles inventions; 3/ reflètent des changements de la vie sociale causées par la guerre. Après la I-ère guerre mondiale ont apparu: tank char de combat, gaz avec la signification de masque antigaz, gazé intoxiqué par les gaz.

Le développement de laviation pendant et après la I-ère guerre mondiale a fait naître une série de mots dérivés et composés avec le mot avia (avionnette, avion de chasse, avion de bombardement, torpilleur etc.).

Après la Révolution dOctobre cest le russe qui a fourni des néologismes dans le domaine de la vie politique et économique connus sous le nom de soviétismes (soviet, bolchevik, soviétiser et autres).

La II-ième guerre mondiale introduit de nouveaux termes techniques militaires, tels que mitraillette, avion long-courrier, la locution par avion, parachuter action de descendre à laide du parachute, parachutage, parachuté, radar, porte-avion, défense passive, armes atomiques et nucléaires, fusée comme termes de guerre; rampe de lancement installation pour lancer des fusées, des termes ayant rapports à lélectricité, à la télévision etc. de même que les abréviations désignant les partis ou groupements politiques organisés après guerre: F. T. P. (Franc-tireurs-partisans), M. R. P. (mouvement révolutionnaire populaire), des abréviations désignant des associations internationales: O. N. U., U. N. E. S. K. O. etc. Le mouvement des partisans français a trouvé son expression dans les termes de la Résistance, mot qui lui-même a pris un sens nouveau, sens politique; maquis lieu où se réfugiaient les partisans. Ce mot a donné un dérivé maquisard partisans, plastic explosif, planque dépôt des armes, lieu des rendez-vous politiques clandestins, collaborateur formé par le changement du sens du mot existant celui qui collaborait avec les occupants; responsable celui à qui a été confié une certaine mission clandestine etc.

Dans la période daprès guerre apparaissent des mots ayant rapport à des choses usuelles, tels que: microsillon, disque, jeep espèce dautomobile dimportation américaine, rondo machine à multiplier les feuilles, ronéotyper imprimer.

Des mots désignant des actions pratiquées dernièrement: kidnapper voler les enfants, des mots ayant rapport au cinéma: starlette petit star: combinaison du radical anglais avec le suffixe diminutif français, des mots darticle de la mode talon-aiguille, des usages à la mode indéfrisable, boucles empesées, garde-nappe.

Après la II-ième guerre mondiale, lintervention des Etats-Unis dans la vie politique de la France a créé des mots teintés dironie et de malveillance envers les Américains: maccartisme, amerlocs etc. Avec le lancement en URSS du premier satellite artificiel de la terre toutes les langues, le français y compris, ont emprunté au russe le mot spoutnik, devenu mot international qui figure souvent dans les journaux avec les significations variées.

Tout dernièrement apparaissent dautres termes de cosmonautique: lunnik et cosmonef.

 

 

Les néologismes de même que les archaïsmes sont employés par des écrivains dans lintention stylistique; si les archaïsmes communiquent à lœuvre la couleur locale du passé, les néologismes contribuent à marquer de contemporanéité, de nouveauté les oeuvres où ils sont employés.

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